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BS-005Bientraitance et soinsFiche vérifiée le

Intégrer la bientraitance dans les pratiques de soin

Gestes simples, écoute, décisions partagées : comment traduire la bientraitance au quotidien dans les soins et la prévention.

Une infirmière aidant doucement une personne âgée à s'asseoir dans un fauteuil, dans une chambre de soins lumineuse et calme.
Une infirmière aide doucement une personne âgée à s'asseoir dans un fauteuil, dans une chambre lumineuse et calme. Image illustrative, générée avec IA.

La bientraitance n'est pas un label à afficher, mais une manière d'être en relation. Dans les soins de tous les jours, elle se joue dans des détails : une porte fermée, une question posée avant un geste, une place laissée à la famille. Pour les équipes romandes de soins communautaires, de prévention et d'éducation à la santé, la question n'est donc pas « faut-il être bientraitant ? » mais « quels gestes concrets le traduisent, dès aujourd'hui ? ». Cet article propose une lecture pratique, sans recette miracle, en s'appuyant sur des repères publics (HAS, OMS) et sur des situations de terrain.

Qu'est-ce que la bientraitance, au fond ?

La bientraitance est une attention active au confort, à la dignité et à l'autonomie de la personne soignée, y compris quand la maladie ou la dépendance réduisent ses marges de manœuvre. Elle ne se confond ni avec la gentillesse, ni avec l'absence de contrainte : un soin peut être techniquement irréprochable et pourtant maltraitant s'il ignore la personne. Elle rejoint la définition de l'éducation thérapeutique du patient (ETP) proposée par la HAS : aider les patients à gérer au mieux leur vie avec une maladie chronique, dans un processus continu qui fait partie intégrante de la prise en charge (HAS, ETP). La bientraitance n'est donc pas un supplément d'âme, mais une composante de la qualité du soin.

Quels gestes simples changer vraiment le quotidien ?

On peut les regrouper en quatre familles :

  1. Avant le geste : frapper, se présenter, expliquer ce qu'on va faire, demander l'accord, même pour un soin rapide. Cela prend quinze secondes et transforme le rapport.
  2. Pendant le geste : prévenir avant de toucher, respecter la pudeur, éviter les conversations entre soignants au-dessus de la personne comme si elle n'était pas là.
  3. Après le geste : vérifier que la personne est bien installée, qu'elle a compris, qu'elle peut poser une question. Laisser une trace écrite utile pour l'équipe suivante.
  4. Dans l'organisation : anticiper les moments difficiles (repas, toilette, coucher), éviter les réveils inutiles, respecter les rythmes.

Ces gestes ne demandent ni matériel, ni budget. Ils demandent surtout de la disponibilité mentale, ce qui renvoie à la question du temps et du soutien des équipes.

Comment faire quand le temps manque et que l'équipe est sous pression ?

C'est la principale objection de terrain, et elle est légitime. La bientraitance ne se décrète pas dans un service en tension. Trois leviers réalistes existent :

  • Clarifier les priorités : dans une situation tendue, qu'est-ce qui est vraiment non négociable ? Souvent, l'explication du soin et le respect de la pudeur le sont plus que la rapidité d'exécution.
  • S'appuyer sur l'équipe : une relève de cinq minutes en début de service pour signaler les personnes fragiles ou anxieuses évite souvent des incidents.
  • Protéger les soignants : l'épuisement professionnel abaisse le seuil de patience et de disponibilité. Soutenir les équipes n'est pas un luxe, c'est une condition de la bientraitance envers les patients.

Sur ce point, les liens entre qualité relationnelle et organisation du travail sont documentés dans les travaux sur la sécurité des patients (OMS).

Comment associer les proches sans les instrumentaliser ?

Les proches sont souvent les premiers observateurs des besoins, des habitudes et des peurs de la personne. Les associer aux décisions de soin, c'est les reconnaître comme partenaires, pas comme exécutants. Concrètement : leur demander ce qui compte pour la personne, les informer des choix possibles, leur dire clairement ce qui relève de l'équipe. À l'inverse, leur demander de « surveiller » un patient sans cadre revient à leur transférer une responsabilité qui n'est pas la leur. La HAS insiste sur le caractère continu et intégré de la prise en charge : cette continuité inclut l'entourage quand la personne le souhaite. Pour approfondir, voir Associer les proches aux décisions de soin.

Quels signaux doivent alerter une équipe ?

La maltraitance institutionnelle est rarement spectaculaire. Elle se manifeste par des détails répétés :

  • une personne qu'on ne prévient jamais avant un soin ;
  • des repas pris à toute vitesse, sans possibilité de choisir ;
  • des portes ouvertes sans raison ;
  • des plaintes non transmises, non documentées ;
  • des soignants qui ne peuvent plus rien dire sans être jugés.

Repérer ces signaux suppose un espace de parole régulier, non punitif. C'est le rôle d'une démarche de formation et d'analyse de pratiques, pas d'un contrôle ponctuel. La HAS recommande d'ailleurs une auto-évaluation régulière des programmes d'ETP et de leurs activités éducatives, dans une logique d'amélioration continue, transposable à la bientraitance. Pour une approche plus systématique, voir Prévenir la maltraitance institutionnelle dans les soins.

Comment ancrer la bientraitance dans les routines plutôt que dans les discours ?

Le plus efficace est de l'intégrer aux outils existants : transmissions, projets de soins, relèves, formations. Quelques exemples :

Situation Geste bientraitant Indicateur simple
Toilette Prévenir avant de toucher, proposer de faire soi-même ce qui peut l'être La personne a-t-elle été prévenue ?
Repas Proposer un choix, respecter le rythme Le repas a-t-il duré assez longtemps ?
Décision de soin Expliquer les options, recueillir l'avis La personne a-t-elle pu poser une question ?
Fin de vie Écouter les souhaits, impliquer les proches si la personne le veut Les souhaits sont-ils écrits et accessibles ?
Relève d'équipe Signaler les fragilités relationnelles Un point a-t-il été fait ?

Ce tableau n'est pas une grille d'évaluation exhaustive, mais un support de discussion en équipe. Pour structurer cette réflexion, une formation dédiée peut aider : Former les équipes à la bientraitance.

Quand faut-il s'appuyer sur des repères officiels ?

La bientraitance touche à la dignité, à l'autonomie et parfois à des décisions complexes (refus de soin, contention, fin de vie). Aucun article ne peut trancher ces situations à la place des équipes. Il est donc utile de se référer aux recommandations en vigueur de la HAS, de l'OMS et des autorités sanitaires compétentes en Suisse, et de solliciter l'avis de personnes ressources (médecin, cadre de santé, juriste, éthique clinique) selon les cas. La bientraitance ne dispense pas d'un cadre, elle l'habite.

En pratique, une équipe qui veut avancer peut commencer petit : choisir trois gestes, les tester une semaine, en parler en relève, ajuster. La bientraitance n'est pas un état à atteindre, mais une pratique à entretenir, comme un soin quotidien.

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