Aller au contenu
Carnet Santé RomandSanté communautaire en Suisse romande

ET-001Éducation thérapeutiqueFiche vérifiée le

Prévenir le burnout des soignants en ETP

Épuisement des soignants qui animent l'éducation thérapeutique : pistes institutionnelles concrètes pour la Suisse romande.

Une équipe soignante prenant une pause café dans une salle de repos, certaines personnes souriant, d'autres fermant les yeux pour se détendre.
Équipe soignante se détendant lors d'une pause, illustration. Image illustrative, générée par IA.

Pourquoi les animateurs d'ETP sont-ils particulièrement exposés ?

Parce que l'éducation thérapeutique du patient (ETP) ajoute aux soins une charge relationnelle et organisationnelle continue. La Haute Autorité de Santé rappelle que l'ETP vise à aider les patients à gérer au mieux leur vie avec une maladie chronique et qu'elle est un processus continu, partie intégrante et permanente de la prise en charge (https://www.has-sante.fr/jcms/c_1241714/fr/education-therapeutique-du-patient-etp). Cette permanence signifie que l'animateur ne « termine » jamais vraiment son travail éducatif : il prépare, anime, ajuste, documente, réévalue. S'ajoutent la gestion de la dynamique de groupe, l'adaptation du langage au niveau de littératie des participants et la coordination avec les autres professionnels.

Cette charge est d'autant plus lourde qu'elle reste souvent peu visible. Une séance d'atelier, c'est aussi une réunion de préparation, des supports à actualiser, des évaluations à saisir et un retour à faire au médecin traitant. Les animateurs d'ETP cumulent les dimensions de l'épuisement professionnel parce que leur efficacité dépend d'une énergie relationnelle qu'ils doivent puiser dans un cadre souvent mal reconnu.

Que peut faire une institution avant même le premier signe d'épuisement ?

Elle peut agir sur trois leviers préventifs : la reconnaissance formelle du temps d'ETP, la rotation des rôles et la supervision. La HAS demande d'ailleurs que les programmes soient structurés, évalués et améliorés de manière continue, notamment via des grilles d'auto-évaluation et des indicateurs (https://www.has-sante.fr/jcms/c_1241714/fr/education-therapeutique-du-patient-etp). Un programme correctement documenté suppose un temps de travail réel : le reconnaître dans la charge horaire, c'est déjà réduire le risque de surcharge invisible.

La rotation des rôles évite qu'une même personne porte seule l'animation, la logistique et l'évaluation. La supervision, individuelle ou en groupe, offre un espace pour déposer les situations difficiles sans attendre la crise. Ce sont des mesures peu coûteuses, mais elles exigent une décision institutionnelle explicite, car l'ETP reste souvent considérée comme une activité accessoire.

Comment organiser le travail pour qu'il reste soutenable ?

En traitant l'ETP comme une activité programmée et non comme un surplus. Concrètement, cela veut dire intégrer les séances, les préparations et les bilans dans l'agenda prévisionnel, et prévoir des remplacements en cas d'absence. Un animateur qui sait qu'il sera remplacé n'a pas à choisir entre annuler une séance et venir épuisé.

Point de repère fréquent : limiter le nombre de séances consécutives, interdire les enchaînements atelier puis consultation lourde, et prévoir un temps de débriefing après chaque cycle. Ces choix se discutent au niveau de l'équipe et de l'encadrement, pas individuellement.

Quelle place donner à la formation continue et à la pair-aidance ?

La formation continue protège la compétence et restaure le sentiment d'efficacité, dimension centrale de l'épuisement professionnel. Une institution qui finance des formations sur l'animation de groupe, l'écoute active ou la littératie en santé envoie un signal de valeur.

La pair-aidance entre animateurs d'ETP complète la formation : groupes de pratique, co-animation, observation mutuelle. Pour approfondir ces dispositifs, voir Former les soignant-e-s à animer des ateliers thérapeutiques, Évaluer les compétences relationnelles des soignants et Adapter les séances d'éducation à la littératie en santé. La bientraitance institutionnelle, décrite dans Prévenir la maltraitance institutionnelle dans les soins, sert ici de cadre : une organisation qui respecte ses soignants respecte aussi ses patients.

Faut-il mesurer le risque d'épuisement, et comment ?

Oui, mais sans en faire un outil de contrôle individuel. La mesure utile porte sur l'organisation : volume de séances par animateur, taux de remplacement effectif, fréquence des débriefings, satisfaction des animateurs, absentéisme. La démarche d'auto-évaluation continue prévue dans le champ de l'ETP fournit un cadre méthodologique transposable (https://www.has-sante.fr/jcms/c_1241714/fr/education-therapeutique-du-patient-etp).

Situation observée Mesure institutionnelle prioritaire
Une seule personne anime tout le programme Introduire la co-animation et une rotation écrite
Les séances sont ajoutées à un agenda saturé Programmer préparation, séance et débriefing comme temps de travail
Aucun remplacement prévu Identifier au moins deux remplaçants formés par cycle
Les difficultés ne remontent jamais Instaurer une supervision régulière et un débriefing après chaque cycle
La formation est rare et non financée Inscrire un budget annuel de formation et de pair-aidance
Le programme n'est jamais évalué Planifier l'auto-évaluation annuelle et quadriennale

Ce tableau n'est pas une grille de diagnostic individuel mais un support de discussion en équipe ou en encadrement.

Que faire en cas de signes d'épuisement déjà installés ?

Le premier geste institutionnel est de réduire l'exposition : suspendre ou alléger temporairement l'animation d'ateliers, confier la coordination à une autre personne, proposer un accompagnement. L'épuisement professionnel étant lié au stress professionnel chronique et non à une fragilité personnelle, la réponse doit porter sur le travail et non sur la personne.

Il convient ensuite de chercher un avis professionnel approprié et de vérifier les recommandations en vigueur auprès des autorités compétentes, la situation pouvant évoluer avec le cadre légal et les politiques de santé. En Suisse romande, les décisions relevant du droit du travail, de la médecine du personnel ou de l'assurance doivent être prises avec les instances concernées, et non sur la base d'un article général.

Quels indicateurs institutionnels suivre dans la durée ?

Un petit tableau de bord annuel suffit : nombre d'animateurs formés, taux de co-animation, nombre de débriefings réalisés, taux de remplacement effectif sur absence, participation aux supervisions, évolution de la satisfaction des animateurs. Ces indicateurs se recoupent avec les démarches d'évaluation demandées pour les programmes d'ETP (https://www.has-sante.fr/jcms/c_1241714/fr/education-therapeutique-du-patient-etp).

L'objectif n'est pas la performance, mais la durabilité : un programme d'éducation thérapeutique ne survit pas longtemps si ses animateurs s'épuisent. Pour étendre cette logique à d'autres actions de terrain, voir Mobiliser des bénévoles en promotion de la santé.

En résumé : que retenir pour agir cette année ?

Reconnaître le temps d'ETP, organiser la rotation et le remplacement, financer la formation, instaurer la supervision et mesurer l'organisation plutôt que les personnes. Ces cinq décisions sont institutionnelles, donc durables. Elles ne remplacent pas un accompagnement individuel si les signes sont déjà présents, mais elles en réduisent la nécessité.

Fiches voisines